ombre
 
ombre

logo APM
ombre
Cancer du sein opérable: des cancers de stade moins avancé et des traitements moins agressifs avec le dépistage

(Par Sylvie LAPOSTOLLE, aux journées de la SFSPM)
LILLE, 13 novembre 2017 (APMnews) - Le dépistage du cancer du sein, organisé ou individuel, permet le diagnostic de tumeurs moins avancées avec un retentissement moindre et des coûts inférieurs par rapport aux cancers diagnostiqués sur signe clinique, selon des données de la cohorte prospective francilienne Optisoins01 présentées vendredi à Lille lors des journées de la Société française de sénologie et de pathologie mammaire (SFSPM).
Amélie Cariou, jeune chef de clinique au CHU de Poitiers a présenté son travail de thèse réalisé à l'Institut Curie (auprès du Dr Delphine Héquet) sur l'évaluation de l'impact du dépistage sur le parcours de santé des patientes atteintes d'un cancer du sein opérable d'emblée à partir de l'étude prospective et multicentrique Optisoins01.
L'étude a porté sur 379 femmes âgées de 50 à 74 ans avec un cancer du sein trouvé par le dépistage pour 290 (organisé ou individuel) et par un point d'appel clinique pour 89 (palpation d'une masse, rétractation du mamelon ou écoulement, déformation de la glande). Elles ont été suivies pendant un an et une comparaison a été faite sur les traitements, les coûts et l'impact socioprofessionnel entre les femmes venant du dépistage (organisé ou individuel) et celles avec un point d'appel clinique.
Ces femmes avaient 61 ans d'âge médian et 40% étaient actives. Le taux de participation au dépistage organisé était de 50%. Les 2 groupes étaient comparables en termes de caractéristiques des patientes.
"Nous avons mis en évidence que le dépistage permettait le diagnostic de tumeurs à des stades moins avancés avec moins d'envahissement ganglionnaire et plus de carcinomes canalaires in situ", a présenté Amélie Cariou.
"Nous avons vu un impact du dépistage sur la prise en charge thérapeutique à 3 niveaux. Les patientes du groupe dépistage ont eu moins de curages ganglionnaires (17% versus 33%) et plus de ganglions sentinelles, moins de radiothérapie ganglionnaire (14% vs 28%) et elles recevaient moins souvent une chimiothérapie adjuvante (28% vs 68%), la différence étant statistiquement significative", a-t-elle ajouté.
L'analyse multivariée a montré que le mode de découverte du cancer sur un point d'appel clinique était un facteur indépendant associé à la prescription d'une chimiothérapie, avec un facteur multiplicatif de 6,4. Le taux de traitement mammaire conservateur était élevé dans les 2 groupes mais il existait une tendance à la réalisation plus fréquente d'un traitement mammaire conservateur pour le dépistage (83% vs 77%).
S'agissant des besoins des patientes évalués par le questionnaire SCNS-BR8 (sur le plan psychologique, physique, sexuel, en matière d'information et en soins de support), ils étaient plus importants en postopératoire et post-adjuvant dans le groupe avec signe clinique.
L'impact du dépistage sur le retour au travail a montré une tendance à minorer les prescriptions d'arrêts de travail en nombre et dans la durée avec un différentiel de 30% et de 100 jours. Il n'y avait pas d'impact sur la difficulté à reprendre le travail, les salaires, ni sur les licenciements.
En termes économiques, les coûts médicaux et non médicaux directs avec une perspective assurance maladie étaient moindres sur un an en cas de dépistage: 13.072 euros vs 17.113 euros, soit plus de 4.000 euros de différence.
"Nous démontrons que le dépistage organisé ou individuel a permis le diagnostic du cancer à des stades plus précoces que dans la population de patientes venue sur un point d'appel clinique. Cela avait pour corollaires des traitements moins agressifs (taux de chimiothérapie largement inférieur), un retentissement personnel moindre et des coûts de prise en charge largement inférieurs pour le dépistage", a souligné le Dr Cariou.
"Cela renforce les efforts de sensibilisation au dépistage [qui sont faits] dans la population. Il existe de réels intérêts pour le dépistage organisé, intérêts déjà pris en compte par les gouvernements. Il faut en réaliser la promotion car la participation stagne depuis 2008 peut-être par peur de surdiagnostic et du surtraitement qui en découle. Les sociétés savantes ne le remettent pas en cause et à l'inverse le renforcent", a déclaré la jeune médecin.
Sa présentation suivait une autre qui avait soulevé, une nouvelle fois pendant ces journées, une discussion animée sur le dépistage. Le Dr Cécile Bour, radiologue à Talange (Moselle) et membre du Collectif Rose, a présenté l'analyse du PMSI qu'elle a publiée en octobre et qui n'a pas trouvé de diminution des mastectomies avec le développement du dépistage entre 2010 et 2016 et donc pas d'allègement des traitements (cf dépêche du 12/10/2017 à 16:10).
La méthodologie de son étude a été sérieusement critiquée, un médecin rappelant que le PMSI est "un outil purement comptable qui n'est pas fiable pour suivre le taux de mastectomie". Le Dr Rémy Salmon de la Fondation Saint-Jean de Dieu Clinique Oudinot à Paris, qui modérait la séance, a noté qu'il avait trouvé des erreurs importantes dans le relevé PMSI dans une clinique où il avait travaillé (erreur de 30%). Le Dr Bruno Cutuli de la clinique Courlancy à Reims et président de la SFSPM s'est étonné du nombre d'interventions relevé par rapport à l'incidence du cancer du sein en France; "le compte n'y est pas", a-t-il estimé.
sl/san/APMnews

 
Retour en haut de page
ombre